À qui profite l’explosion du streaming musicale ?

Considéré comme le nouvel Eldorado de l’industrie musicale, le streaming continue de faire toujours plus d’adeptes. La normalisation de ces nouveaux usages a permis l’émergence de nouveaux poids lourds dans le secteur musical. De quelle manière les majors s’adaptent à cette concurrence ?

Considéré comme le nouvel Eldorado de l’industrie musicale, le streaming continue de faire toujours plus d’adeptes. La normalisation de ces nouveaux usages a permis l’émergence de nouveaux poids lourds dans le secteur musical. De quelle manière les majors s’adaptent à cette concurrence ?

450 millions d’euros. C’est le montant du chiffre d’affaires global enregistré en 2016, par l’industrie musicale en France selon le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). Soit une hausse de 5,4 % par rapport à l’an dernier (426,5 millions d’euros). Un beau renouveau quand on sait que le secteur était en chute libre depuis ces vingt dernières années, bousculé notamment par l’essor du Web.

 

Des plates formes bien installées

 

Cette reprise s’explique par le succès grandissant du streaming. Malgré une hausse constante (+ 37 %), ce support reste minoritaire dans la part des ventes générées par l’industrie de la musique. Avec 41 % des revenus (streaming, téléchargement et téléphonie) soit 182,6 millions d’euros, on reste loin des 59 % (267 millions d’euros) trustés par les ventes physiques. CD, DVD et autres vinyles, conservant toujours la côte auprès des amateurs de musique. Mais pour combien de temps encore ? Face à un recul de plus en plus persistant de l’achat des supports physiques (- 2,5 % en 2016 après une baisse de 15,9 % en 2015), le streaming surfe sur une dynamique qu’il sera difficile d’enrayer en rameutant près de un million d’abonnés chaque année en France. Signe de cette incroyable expansion, le nombre d’abonnés payant est passé de huit millions en 2010 à 68 millions en 2015 selon l’IFPI (International Federation of Phonographic Industry).

 

Une aubaine pour les nouveaux leaders de la filière comme le français Deezer, Tidal, Google Play Music ou encore Spotify, la plate-forme leader au niveau mondial, qui ont su tirer profit de ce mode de consommation de la musique qui tend de plus en plus à inscrire dans les mœurs. Ils sont d’ailleurs 36 % en France, à estimer que le streaming musical est entré dans les habitudes. Avec un secteur désormais orienté vers le numérique, les plates-formes de streaming se livrent une rude concurrence. Les offres ne cessent de se multiplier et de se diversifier. C’est à celui qui proposera le meilleur service. Objectif : éteindre la concurrence. Apple Music avait récemment frappé un grand coup en généralisant une offre d’abonnement Premium à prix réduit pour les étudiants. Conséquence : six mois plus tard, le scandinave Spotify emboîte le pas, en mettant place un service audio à 4,99 par mois soit au même tarif que son concurrent américain.

 

" On reste dans un modèle qui est assez jeune, le streaming a à peine dix ans. "

 

Une stratégie pas encore rentable

 

Mais la révolution du streaming n’épargne personne. Les majors, qui ont déjà dû revoir leur modèle avec l’essor du digital, figurent parmi les plus touchées. Reposant principalement sur le support (musique enregistrée), elles affichent depuis des années, leur incapacité à prendre en compte les évolutions des modes de consommations et les nouvelles technologies. Comme beaucoup l’indiquent : « le tout payant » et le « tout support » sont devenus obsolètes. Alors comment s’adapter ? Si certains ont cherché à développer des moyens de financements participatifs via les plateformes de crowdfunding permettant l’existence d’une « industrie musicale parallèle », d’autres majors aimeraient au contraire voir émerger un modèle de streaming par d’abonnement plus pérenne et rémunérateur pour l’ensemble du secteur. Pas étonnant, quand on sait que malgré un nombre croissant d’internautes, le modèle économique de ces plates-formes peine à convaincre. Avec d’un côté, des services de streaming audio qui se plaignent de reverser une partie importante de leurs revenus aux producteurs et artistes et de l’autre, ces derniers, qui sont loin de bénéficier des larges revenus de ces services. Spotify avait ainsi révélé en début d'année qu'un artiste touchait en moyenne 0,05 centimes d'euros par chanson écouté sur sa plate-forme.

 

D’après Guillaume Blanc, directeur général du Syndicat national de l'Édition phonographique, on reste dans un modèle qui est assez jeune, le streaming a à peine dix ans. Le principe de ces plates-formes a été de se faire connaître sur la gratuité et la publicité. Ce qui implique peu de revenu et des dépenses élevées. Pour qu’il soit viable, ce modèle doit donc passer par l’abonnement payant et par une taille critique. En 2017, Spotify avec près de quarante millions d’abonnés payants devrait enfin envisager la rentabilité. Parmi les pistes envisagées, une conversion des abonnés au tout gratuit vers les offres premium mais aussi une meilleure répartition de la valeur entre les différents acteurs sont des solutions qui pourraient redonner une bouffée d'air au secteur musical. Pour l’heure, on reste bien loin de tout cela, avec une filière qui poursuit sa mue, tournée vers la dématérialisation et des acteurs, aussi bien majors que plate-formes, qui devront s’adapter s’ils veulent garder le rythme.

 

Gatien Pierre-Charles

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