P-DG de Veolia depuis 2009, Antoine Frérot poursuit son ambitieux programme de restructuration visant à remettre le géant de l'environnement sur les rails de la croissance. Il détaille les ambitions de son entreprise sur le front de l'innovation.

Décideurs. Veolia a entamé la deuxième phase de son programme de réduction des coûts. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Antoine Frérot.
Comme toute entreprise, Veolia doit régulièrement réduire ses coûts pour maintenir l’attractivité de ses offres et conforter son leadership face à la concurrence. Ces quatre dernières années, l'entreprise a ainsi continué d’améliorer sa rentabilité, avec des économies de coûts supérieures à ses engagements. Si nos marchés sont globalement porteurs, le contexte de nos activités se tend dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe et spécialement en France. Pour compenser cette conjoncture difficile, nous irons au-delà de notre objectif initial d’économies de coûts de 600 millions d'euros sur la période 2016-2018. Les économies proviendront de l’optimisation de l’exploitation de nos outils industriels, d’une plus grande efficacité de notre politique d’achat et de l’optimisation de nos frais généraux. Ces programmes d’amélioration des performances opérationnelles et de maîtrise des coûts ne forment qu’un des deux volets de notre plan de développement, l’autre étant notre politique de croissance.

 

Quelles innovations allez-vous lancer en 2017 ?
Concernant l'économie circulaire, nous allons perfectionner nos systèmes de tri automatique des déchets, car le secret du recyclage réside dans le tri. Nous allons également poursuivre nos efforts de recherche pour améliorer le recyclage des plastiques rigides qui demeure difficile. Côté énergie, nous allons accroître les performances de nos centres d’efficacité énergétique, ces plate-formes d’hypervision qui permettent de piloter, à distance et en temps réel, des milliers d’installations. Enfin, dans l’eau, les stations d’épuration que nous concevons seront bientôt de véritables bioraffineries, produisant de l’eau propre et dégageant de l’énergie au lieu d’en consommer, tout en fabriquant des biofertilisants et des bioplastiques. Cette innovation se situe au carrefour de nos trois métiers et est, en cela, emblématique des synergies qui les traversent.

 

Les normes chinoises de rejet d’eaux usées industrielles sont plus sévères qu'en Europe !

Comment composer avec la baisse continue des prix de l'énergie ?
Notre métier n’est pas de produire l’énergie, mais de fournir des services énergétiques : nous sommes donc moins touchés par cette baisse. Nous nous adaptons à la volatilité des prix de l’énergie de différentes manières : avec des contrats de long terme qui nous prémunissent en partie contre ces variations, à travers notre politique d’innovation, avec nos programmes d’économie mais surtout, grâce à un positionnement différenciant qui consiste à nous engager sur la performance énergétique et environnementale des territoires. Peu de nos concurrents ont la culture de l’engagement de performance à l’échelle du territoire. Ce positionnement contribue fortement à l’attractivité de nos offres et nous permet de meilleures rémunérations.

 

Vous œuvrez au plus près des villes et de leurs habitants, sentez-vous un changement des mentalités ?
Sans aucun doute ! Les villes sont le moteur de la lutte contre les changements climatiques, contribuant à hauteur de 75 % aux émissions de gaz à effet de serre mondiales. De Prague à Varsovie, de New York à Montréal, de Dubaï à Masdar, beaucoup de villes nous demandent de les aider à passer à une économie moins carbonée. Et les mentalités évoluent : dans nombre de pays, ce qui était toléré hier ne l’est plus aujourd’hui. Depuis 2016, les normes chinoises de rejet d’eaux usées industrielles sont plus sévères qu'en Europe ! Le gouvernement y a également exigé que chaque province se dote d’un centre de traitement des déchets industriels toxiques : nous avons remporté huit consultations, faisant de Veolia le leader du secteur en Chine. Partout, les pouvoirs publics ne veulent plus que la croissance se fasse au prix de la dégradation de l’environnement. Durcissement des normes, exigences des populations, aspirations de la société civile... On tend vers une meilleure préservation de l’environnement et la volonté de faire preuve de résilience face aux changements climatiques.


Propos recueillis par Boris Beltran

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