Arnaud de Puyfontaine (Vivendi) : « La proximité avec Havas constitue un atout pour Vivendi »

Au cours de ces dernières années, Vivendi, devenu un groupe mondial de contenus et de médias, a multiplié les synergies pour dégager plus de valeurs. Entretien avec Arnaud de Puyfontaine, président du directoire de Vivendi.

Au cours de ces dernières années, Vivendi, devenu un groupe mondial de contenus et de médias, a multiplié les synergies pour dégager plus de valeurs. Entretien avec Arnaud de Puyfontaine, président du directoire de Vivendi.

Décideurs. Vivendi fait désormais travailler ses entités ensemble pour créer davantage de valeur. Comment favorisez-vous cela en matière de management ?

Arnaud de Puyfontaine. Vivendi détient des actifs puissants dans l’un des secteurs les plus attractifs de ce troisième millénaire. Ces actifs filiales groupes sont désormais réunis et ont été renforcés pour collectivement dégager plus de valeur. Depuis juin 2014 et l’arrivée à la présidence du conseil de surveillance de Vincent Bolloré, nous avons mis en place des rendez-vous réguliers entre le management de nos différentes filiales, et c’est ensemble que nous développons Vivendi. Les projets nés de ces rendez-vous et du travail collectif sont nombreux. C’est le cas pour de nombreux développements en Afrique, dont notamment les salles de cinéma et de spectacle CanalOlympia.

 

Autre exemple, Studiocanal a sorti un premier film, Paddington, et Vivendi détient la licence de l’ours péruvien depuis l’été 2016. Un deuxième film sortira en novembre 2017 dont la bande-son sera réalisée par Universal Music Group. Gameloft, une société acquise en été dernier et intégrée avec succès, prépare un jeu vidéo sur ce thème qui sera disponible à la sortie de Paddington 2. Pour rester sur Gameloft, le soutien de Vivendi et de ses autres filiales est également primordial quand l’éditeur négocie pour la distribution de ses jeux vidéo sur les grandes plates-formes mondiales. Et inversement, les relations nouées par Gameloft avec près de 200 opérateurs telcos nous sont très précieuses.

 

Universal représente une part importante de votre chiffre d’affaires. Quelles sont les perspectives de cette société et comment profite-t-elle de ces synergies ?

Universal Music Group (UMG) réalise un chiffre d’affaires de près de 5,3 milliards d’euros, ce qui représente environ la moitié de notre activité. 2015 et 2016 ont montré que l'industrie se redressait, tirée par les nouveaux usages numériques. Leader mondial de la musique enregistrée avec plus de cinquante labels, UMG tire pleinement profit de la croissance des plates-formes de streaming musicales. En nouant des accords avec plus de 400 d’entre elles sur tous les continents. Il a également créé ou s’est renforcé dans des projets innovants comme Spinnup ou Digster. UMG réalise désormais 53 % de son chiffre d’affaires de la musique enregistrée dans le numérique, les revenus du streaming et des abonnements représentant 66 % de ce chiffre.

 

« Universal Music Group tire pleinement profit de la croissance des plates-formes de streaming »

 

Quelle est la relation entre Vivendi et Havas. Jusqu’où cela peut-il aller ?

Pour Vivendi, produire et distribuer des contenus pertinents nécessitent de bien connaître le consommateur, de valoriser la data et d’accompagner le basculement des investissements publicitaires vers le mobile. De son côté, le monde publicitaire évolue vers toujours plus de numérique et de brand content afin de proposer une expérience plus fine, plus riche et moins intrusive au consommateur. La proximité avec Havas constitue donc un atout pour Vivendi. Des collaborations entre les deux entreprises ont été mises en place. Havas possède une véritable expertise dans la mise en valeur des marques et a développé de solides outils analytiques des data clients.

 

Vivendi est actionnaire de 11 % du capital de la Fnac. Comment cela se traduit-il au niveau stratégique ?

 

Vivendi a deux moteurs de croissance : la création et la distribution. Dans la distribution, il s’appuie sur ses propres capacités et sur des partenariats à la fois au niveau mondial et national pour donner un maximum de diffusion à ses contenus. La prise de participation dans le groupe Fnac, qui détient des positions clés dans la distribution physique et numérique, participe de ces partenariats.

 

Où en est la situation de Canal+ en France ?

Si le Groupe Canal+ dans son ensemble se porte bien, il fallait en revanche redresser une situation compliquée depuis 2012 du côté des chaînes payantes en France. Nous avons mis en œuvre un plan de transformation majeur. Les abonnés bénéficient de 150 heures de contenus exclusifs supplémentaires depuis la rentrée de septembre 2016. Nous avons complètement remanié les offres : la chaîne Canal+ devient le point d’entrée de l’ensemble de la nouvelle gamme Canal autour de laquelle les abonnés peuvent ajouter de manière modulaire des packs thématiques. Nous avons parallèlement noué des partenariats avec des opérateurs telcos pour permettre à davantage de personnes de découvrir nos chaînes et la richesse de leurs programmes. Nous avons également mis en place un plan d’optimisation des coûts de 300 millions d'euros qui est en bonne voie.

 

Le streaming a profondément modifié la consommation des contenus. Comment vous adaptez-vous ?

Le streaming et la mobilité touchent aujourd’hui tous les contenus et médias : musique et aussi cinéma, télévision, séries courtes sont consommés avec des abonnements en illimité sur des plates-formes qui permettent de multiplier les choix et les moments d’écoute. Dans la musique, la reprise se confirme grâce à la croissance de ce nouveau mode de consommation : les revenus de streaming et d’abonnements d’UMG se sont envolés de 57,9 % à taux de change constant en 2016. Les deux tiers du chiffre d’affaires issu du numérique proviennent aujourd’hui du streaming par abonnement.

 

Face à la montée des nouveaux usages numériques, UMG a joué un rôle très actif pour encourager le développement de nouveaux services pour les consommateurs. La musique nous a appris beaucoup de choses et Groupe Canal+ se positionne également de manière extrêmement pro-active sur les nouveaux usages télévisuels. Canal+ France a été précurseur et a créé Canalplay dès 2011 ! Il a aussi mis au point l’application myCanal, une véritable pépite au sein du groupe, qui place Canal au cœur des nouveaux usages de la télévision. De son côté, Dailymotion, plate-forme mondiale de vidéos attirant 300 millions de visiteurs uniques chaque mois, lancera au cours du printemps une toute nouvelle expérience utilisateur permettant de mieux découvrir et consommer des vidéos, y compris en live, directement en lien avec les centres d’intérêt et les envies de chacun.

 

Propos recueillis par Vincent Paes

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