Deep Tech : retour vers le futur

Nous rêvons de voitures volantes, de skates sans roues, de vêtements intelligents... mais toutes ces innovations de rupture relèvent encore de la fiction. Si nous sommes inondés depuis une quinzaine d'années par le digital, les services en ligne et les apps, pourquoi les « deep tech » peinent-elles à émerger ? Quelques points d'explications.

Nous rêvons de voitures volantes, de skates sans roues, de vêtements intelligents... mais toutes ces innovations de rupture relèvent encore de la fiction. Si nous sommes inondés depuis une quinzaine d'années par le digital, les services en ligne et les apps, pourquoi les « deep tech » peinent-elles à émerger ? Quelques points d'explications.

En 1985, les réalisateurs et scénaristes Robert Zemeckis et Bob Gale faisaient de la DeLorean DMC-12 une voiture volante dans leur film Retour vers le futur. Presque trente ans plus tard, et après plusieurs prototypages, une telle voiture n’a toujours pas décollé. Nos sociétés ont connu d’autres bouleversements, comme l’iPhone qui a profondément transformé notre façon de communiquer et de consommer. Depuis, quelques innovations de rupture comme l’Oculus Rift, un casque de réalité augmentée, ou la voiture électrique Tesla ont fait leur apparition sur le marché et sont considérées comme les plus bouleversantes depuis l’iPhone, selon une étude réalisée auprès d’un échantillon d’internautes par CB Insights. Mais une fois ces quelques produits phares passés en revue, force est de constater que le changement complet de monde imaginé dès les années 1980 n’a pas eu lieu.

 

Tech vs Deep Tech

« Nous voulions des voitures volantes, à la place nous avons eu 140 caractères », s’est amusé Peter Thiel, figure entrepreneuriale de la Silicon Valley et cofondateur de la solution de paiement en ligne PayPal. Cette déclaration est symptomatique de l’évolution qu’ont connue les sociétés, inondées depuis une quinzaine d’années par le digital, les services en ligne et les apps. Portées par des exemples de réussite comme Google, Facebook, Amazon ou encore Twitter, les entreprises de la tech se sont multipliées et tentent de fluidifier les usages de la vie quotidienne. Une start-up digitale peut facilement commercialiser et diffuser ses services, et cela à moindre coût si l’on exclut les moyens publicitaires et marketing généralement mobilisés. On comprend qu’elles soient bichonnées par les investisseurs qui peuvent attendre d’elles des retours financiers rapides. Deezer, OVH, Sigfox, toutes sont digitales et sont parvenues à réaliser en 2017 des levées de fonds supérieures à cent millions d’euros. Mais parmi les jeunes entreprises, certaines peinent à exister : bienvenue dans le monde excitant et frustrant de la deep tech. Elle est définie dans une étude menée par Hello Tomorrow, une association qui soutient la création et le développement de start-up deep tech, et le BCG, comme une « innovation technologique, scientifique ou d’ingénierie majeure ». Intelligence artificielle, réalité virtuelle, impression 3D, biotechnologies… sont sur le point de transformer de nombreux secteurs de notre économie, de l’aéronautique à l’agriculture en passant par la mobilité, l’énergie et la santé. Mais depuis les laboratoires de recherche où elles sont nées, leur chemin vers l’industrialisation ressemble la plupart du temps à un véritable parcours du combattant.

 

Des start-up exigeantes

Arnaud de la Tour, le vice-président d’Hello Tomorrow, a déclaré dans une interview aux Échos que, pour réussir, une deep tech peut « prendre entre huit et dix ans, contre trois-quatre pour une start-up du Web ». En raison de leur nature, ces start-up ont des attentes élevées en matière de financement. Les équipements, infrastructures et technologies coûtent cher. Vingt-cinq pour cent d’entre elles considèrent que le manque de capitaux est aujourd’hui un frein majeur à leur développement. Mais ce n’est pas le seul défi qu’elles doivent surmonter. Vingt-sept pour cent estiment que le délai d’accès au marché est un obstacle majeur et 55 % le sous-estiment. Enfin, l’incertitude quant aux débouchés commerciaux est pesante pour 16 % des start-up interrogées. Pour améliorer toutes ces conditions de développement, 95 % des jeunes pousses prônent un partenariat de long terme avec une entreprise. La transparence et des échanges réguliers entre grands groupes et start-up sont des conditions nécessaires à la réussite de tels rapprochements. Mais un petit 50 % des start-up aujourd’hui ont un partenariat industriel : les opportunités de rencontre se feraient rare. Parmi les start-up interrogées, seules 65 % y parviennent contre 85 % dans le reste du monde. Si certains voient le secteur privé comme une opportunité de croissance pour les deep tech, il convient de noter que le soutien des pouvoirs publics est indispensable. On imagine mal la mise sur le marché de voitures volantes sans une nouvelle législation pour la circulation aérienne ou sans un réaménagement de l’espace public. Les innovations portées par les deep tech ne consistent pas à remplacer une technologie par une autre mais impliquent un changement de système. Cela explique également la multiplicité des acteurs à prendre en compte. Universités, incubateurs, fonds d’investissement, gouvernements, laboratoires de recherche… la deep tech doit évoluer au plus près de son environnement.

 

Un net regain d’intérêt

Si ces dernières semblent être à la traîne, Xavier Duportet, fondateur d’Hello Tomorrow, souligne néanmoins que « les entreprises de la deep tech sont en train de redevenir "à la mode", en Europe ». Des projets d’envergure venus de la Silicon Valley, comme SpaceX et Hyperloop, un moyen de transport subsonique, pourraient être à l’origine de ce regain d’intérêt. De plus, d’après une étude réalisée par le fonds anglais Atomico, les capitaux injectés depuis 2011 en Europe dans la deep tech sont en hypercroissance, passant de 289 millions de dollars à près de 1,33 milliard pour la seule année 2015. Le Royaume-Uni remporte la palme avec 1 342 millions de dollars cumulés investis entre 2011 et 2016. La France arrive en deuxième position avec 582 millions de dollars, juste devant l’Allemagne et ses 480 millions. Les start-up qui reçoivent le plus grand soutien financier en Europe et aux États-Unis sont celles qui travaillent dans les secteurs de l’intelligence artificielle et de l’espace. La deep tech semble plus que jamais prête à relever les défis de demain !

 

Marion Robert (@Marion_rbrt)

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