Didier Rabattu (Lombard Odier IM) : « Les pays émergents sont moins dépendants de l’Occident »

La « thématique émergente » redevient pertinente pour la plupart des gérants actions. Didier Rabattu, directeur des gestions actions chez Lombard Odier IM et gérant du fonds Emerging High Conviction, met en lumière la situation très encourageante de l’Inde mais se montre plus inquiet pour l’Afrique du Sud et la Turquie.
Didier Rabattu

La « thématique émergente » redevient pertinente pour la plupart des gérants actions. Didier Rabattu, directeur des gestions actions chez Lombard Odier IM et gérant du fonds Emerging High Conviction, met en lumière la situation très encourageante de l’Inde mais se montre plus inquiet pour l’Afrique du Sud et la Turquie.

Décideurs. Comment se portent les pays émergents ?

Didier Rabattu. 2012-2015 fut une période difficile pour les pays émergents qui ont dû mettre en œuvre certains ajustements en raison de la montée de leur inflation et de leur déficit courant. Il serait cependant imprudent de penser que les devises des pays émergents connaissent une volatilité plus importante que celles des pays européens. La baisse du réal brésilien a été par exemple moins marquée que celle de la livre sterling à la suite du Brexit. Depuis la fin de l’année 2015, l’activité économique est repartie dans une majorité des pays émergents. La plupart d’entre eux ont notamment réussi à vaincre l’inflation et à relancer leur économie.

 

Le ralentissement du commerce mondial peut-il les affecter ?

Le début du ralentissement du commerce mondial date de 2008. Mais, à regarder les chiffres de plus près, les échanges entre les pays émergents se sont accélérés. C’est un très mauvais signe pour l’Europe et les États-Unis. Si leur croissance s’est longtemps reposée sur le dynamisme de leurs exportations, les pays émergents ont réussi à relancer leur consommation. Principales conséquences : ils sont désormais moins dépendants de l’Occident et se tournent davantage vers leur marché domestique. Cette dynamique profite à un certain nombre de zones commerciales au premier rang desquelles on trouve l’Asie du Sud-Est avec la Malaisie et Singapour, l’Afrique de l’Est où se distinguent le Kenya ou encore la Tanzanie, la Russie et les anciennes républiques soviétiques. Il en est de même pour l’Amérique latine avec la zone des Andes (Chili, Bolivie, Pérou). 

 

À l’image de la Turquie ou de l’Afrique du Sud, certains pays sont tout de même en grande difficulté ?

Il y a un lien de causalité très fort entre les décisions politiques du pays et leurs résultats économiques. Les décisions politiques prises dans les pays que vous citez ont conduit à de graves dysfonctionnements économiques. La Turquie pâtit ainsi de la politique instaurée par son président Recep Tayyip Erdoğan. Le tourisme qui représentait 10 % du PIB s’est effondré. La livre turque est d’ailleurs l’une des rares devises à avoir dérapé violemment. Le pays commet l’erreur de se replier sur lui-même. L’Afrique du Sud, dirigée par Jacob Zuma, vit une situation comparable. C’est un État socialement et économiquement fragile. La note souveraine du pays a failli être dégradée en junk bond.

 

Qu’en est-il du Brésil ?

En destituant Dilma Rousseff, le Brésil semble avoir résolu une bonne partie de ses problèmes. Le pays a vécu une période de croissance extraordinaire grâce aux revenus générés par les matières premières. Cependant, les responsables ne les ont pas utilisés à bon escient. Le Brésil a ensuite connu une terrible récession. La situation économique commence cependant à s’améliorer. Le pays dirigé par Michel Temer fait partie des zones où le potentiel de retournement économique est réel.

 

En Inde, les réformes mises en œuvre par Narendra Modi  sont spectaculaires.

Le premier ministre indien a réussi à démonétiser le pays en une seule nuit. En retirant de la circulation les billets de 500 et de 1 000 roupies (6,50 euros et 13 euros), Narendra Modi  a cassé la corruption d’un pays de 1,4 milliard d’habitants. En Inde, la monnaie en circulation représentait 10 % du PNB. Un chiffre à mettre en perspective avec ceux de la France, où les espèces représentent 2 % à 3 % du PNB. Par cette mesure, Narendra Modi s’en prend également aux secteurs non productifs, tels que l’immobilier, les produits de luxe ou l’or. La Banque centrale dispose d’une capacité d’action pour soutenir l’économie en abaissant ses taux d’intérêt. Nous anticipons une très forte accélération de l’économie indienne. La place financière du pays devient très attractive. Surtout qu’il va mettre en place en 2017 la TVA.

 

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurelien)

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