« Être un acteur de la politique industrielle »

Entretien avec Martin Vial, commissaire aux participations de l’État (APE)


Avec 90 milliards d’actifs sous gestion et 81 entreprises en portefeuille, l’Agence des participations de l’État (APE) est un actionnaire incontournable. Son responsable, Martin Vial, revient sur sa stratégie d’investissement et ses objectifs financiers.

Entretien avec Martin Vial, commissaire aux participations de l’État (APE) Avec 90 milliards d’actifs sous gestion et 81 entreprises en portefeuille, l’Agence des participations de l’État (APE) est un actionnaire incontournable. Son responsable, Martin Vial, revient sur sa stratégie d’investissement et ses objectifs financiers.

 

Décideurs. Quels sont précisément vos critères d’investissement??

Martin Vial. Nous intervenons selon une stratégie fixée par le gouvernement en 2014. Ce dernier nous a donné quatre lignes directrices. La première concerne les sociétés rattachées à des enjeux de souveraineté nationale comme la défense ou le nucléaire. La deuxième vise les entreprises contribuant à des besoins fondamentaux du pays comme l’énergie ou les transports. Nous soutenons également les entreprises dans leur transition stratégique ou dans des phases de consolidation. C’est par exemple le cas de PSA avec le redressement et le développement international du groupe. Enfin, nous pouvons intervenir pour soutenir une société afin d’éviter un risque systémique. Le point commun entre ces différents domaines d’intervention est que nous raisonnons sur le long terme. Nous avons pour vocation d’être un acteur de la politique industrielle.

 

De quelle marge de manœuvre disposez-vous??

Notre mission est de proposer des choix stratégiques. Ensuite, tout investissement ou désinvestissement significatif passe par une décision du ministère de l’Économie auquel je rapporte. Cela donne aussi lieu à un avis de la commission de participations. Cette instance indépendante a pour objectif de s’assurer que le patrimoine de l’État est bien préservé.

 

Quel rôle jouez-vous dans la gouvernance des entreprises??

Nous accompagnons les entreprises dans leur développement en veillant à la cohérence de leur stratégie, à la qualité de la gouvernance et au respect des meilleures pratiques en matière de responsabilité sociale et environnementale. L’État participe à la nomination de
765 administrateurs qui siègent actuellement aux conseils d’administration des entreprises sous notre périmètre, dont 272 représentent directement l’État. Cette présence est un facteur de stabilité de l’actionnariat et rassure les autres actionnaires dans beaucoup d’entreprises du portefeuille. Il n’y a par exemple pas de risque d’OPA.

 

Quels sont vos objectifs en matière de rentabilité??

Nous n’avons pas d’objectif formalisé pour l’ensemble du portefeuille. Notre performance ne se limite pas au rendement, nous devons également prendre en compte la création de valeurs produites. Ainsi, se fixer un TRI de 15?% n’aurait pas de sens car cela nous obligerait à sortir du capital d’entreprises en période de bas cycles, ce qui serait destructeur pour des filières industrielles vitales pour le pays. En outre, il n’est pas possible de faire des comparaisons avec d’autres investisseurs qui ont souvent des horizons de temps de cinq à sept ans. Même les fonds souverains, s’ils partagent notre vision à long terme, n’ont pas les mêmes contraintes car ils peuvent choisir les secteurs dans lesquels ils investissent. On nous reproche souvent
le fait que notre portefeuille sous-performe par rapport au CAC 40. On oublie de préciser que plus de la moitié de notre portefeuille est liée au secteur énergie avec des valeurs comme EDF ou Areva. Or, ces derniers sont dans un cycle bas. Si on retire ces valeurs, nos sociétés surperforment largement le CAC 40. Il est donc important de relativiser les choses. En 2015, l’APE a versé 3,9?milliards d’euros de dividendes à l’État.

 

Que répondez-vous à ceux qui souhaitent que l’État sorte de ces entreprises de l’énergie??

C’est bien évidemment une très mauvaise idée. Sans l’aide de l’État, c’est toute la filière nucléaire de notre pays qui coulerait. Entre le moment où vous décidez d’investir dans la construction d’un réacteur et le moment où vous allez le démanteler, il va s’écouler un siècle. Une telle durée expose la société aux aléas sectoriels et à toutes les grandes crises qui peuvent subvenir durant cette période. Notre rôle est justement d’être présents dans ces moments-là.

 

Propos recueillis par Vincent Paes

 

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