Jean-Emmanuel Rodocanachi (Les Petits Chaperons rouges) : « Avec l’hypercroissance, on peut se laisser griser »

Les Petits Chaperons rouges est le pionnier français des crèches privées. Après une récente acquisition en Angleterre, le groupe  prévoit une cinquante d’ouvertures, 18 M€ d’investissements et 600 embauches en CDI en 2017. Rencontre avec son président.
Le patron des Petits Chaperons rouges prévoit d'embaucher 600 personnes en CDI en 2017.

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Les Petits Chaperons rouges est le pionnier français des crèches privées. Après une récente acquisition en Angleterre, le groupe prévoit une cinquante d’ouvertures, 18 M€ d’investissements et 600 embauches en CDI en 2017. Rencontre avec son président.

Décideurs. Vous venez de réaliser d’importantes acquisitions en Grande-Bretagne. Le Brexit ne vous a donc pas freiné dans vos projets ?

Jean-Emmanuel Rodocanachi. Nous avons pris le contre-pied. Nous sommes une entreprise avec une vision de long terme. Bien sûr, les turpitudes du quotidien peuvent vous impacter, mais si nous avons fait le choix de nous implanter là-bas, c’est que nous nous donnons cinq à dix ans pour construire. Nous pensons que les Anglais sont suffisamment smart pour sortir positivement du Brexit. Et, même dans l’hypothèse où le marché serait amené à se tendre, nous avons fait le choix de racheter des acteurs de qualité qui subiraient moins le contrecoup. 

 

Votre offre s'articule autour de crèches en propre et d'un réseau de partenaires, et votre groupe consacre une part importante à l'innovation et à l'investissement. Est-ce là les clés de succès de votre réussite ?

Le succès commence par beaucoup de travail. On essaye d’être pragmatique. Ce qui fait le succès d’une crèche, c’est la satisfaction des familles, des enfants et du personnel qui la composent. La qualité générale est essentielle : l’emplacement, les jouets, la pédagogie, le mobilier, la formation des collaborateurs… C’est un tout et c’est ce sur quoi on travaille au quotidien. Nous nous astreignons, par ailleurs, à une grande discipline économique : en évitant d’avoir les yeux plus gros que le ventre. Nous faisons attention au coût du foncier, au respect des enveloppes budgétaires, etc. Nous avons ainsi laissé passer des opportunités « cœur de ville », car trop chères. La croissance doit être rentable mais surtout pérenne et avec l’hypercroissance, on peut se laisser griser. Attention, donc.

 

Quels principaux obstacles avez-vous rencontrés dans le développement de votre entreprise ?

Des obstacles, il y en a tous les jours (rires) ! Être entrepreneur nécessite d’être fondamentalement optimiste. Des difficultés commerciales ou opérationnelles, nous en rencontrons régulièrement, forcément. Mais le propre de la direction, c’est d’absorber les chocs et de montrer le chemin. Même si l’entreprise est aujourd’hui stable, on poursuit chaque jour son développement. C’est pour cela qu’il faut être porteur d’une vision et grandir de façon sereine. Cela nécessite d’être concentré sur la qualité et l’excellence opérationnelle. La frontière entre la création et la destruction de valeur économique et sociale est très fine. J’ajouterais que nous devons impliquer nos collaborateurs dans un vrai projet d’entreprise, comme « Chaperons 2020 ». Il faut leur permettre de grandir car s’ils évoluent, l’entreprise aussi.

 

Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?

À l’horizon 2025, je souhaite que nous soyons toujours perçus comme l’acteur de référence du marché français et figurer parmi les trois premiers acteurs en Allemagne et en Angleterre. Notre ambition, c’est que les familles se tournent encore plus naturellement vers les Petits Chaperons rouges le jour où elles ont besoin d’une place en crèche.

 

Que recommandez-vous à vos homologues entrepreneurs à la recherche de financement ?

Aller le plus rapidement possible vers la taille critique. Quand vous devez effectuer une levée de fonds, il ne faut pas hésiter, si vous en avez la possibilité, à lever plus d’argent que prévu. Cela évitera d’avoir à se mobiliser à nouveau sur ce sujet six mois plus tard. Il n’y a rien de pire, pour un investisseur, qu’une entreprise qui lève de l’argent tous les six mois…

 

Ce qui pose la question de la dilution du capital…

Oui, mais que préfère-t-on : posséder 100 % du restaurant du coin ou 15 % de Google ? Bien entendu, il faut faire attention au capital. Mais entre la viabilité du projet et une dilution un peu moins importante, on ne doit pas hésiter : l’intérêt de l’entreprise prime.

 

Quel conseil, par ailleurs, donneriez-vous à un dirigeant ?

Savoir provoquer la chance, travailler son réseau, avoir de l’empathie. Il ne faut pas se contenter de faire du « scolaire », mais le pas de plus que vos concurrents ne font pas. Vous devez êtes reconnu dans votre écosystème et ne pas hésiter à tendre la main à ceux qui, un jour, sont dans la difficulté. Tôt ou tard, ils pourront à leur tour vous aider.

 

Propos recueillis par Mathieu Marcinkiewicz

Les Petits Chaperons rouges possède 330 crèches en propre (dont 150 en Île-de-France) et emploie 4 000 salariés en France, en Allemagne et en Angleterre. L’entreprise a, par ailleurs, tissé des liens avec près de 800 crèches partenaires. Chaque jour, ses crèches accueillent 20 000 enfants. En 2017, elle prévoit une cinquante d’ouvertures, 18 M€ d’investissements et 600 embauches en CDI.

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