Lionel Corre (Ciri) : « L'année 2017 s’annonce bien chargée pour nous »

Lionel Corre a succédé à Thomas Revial en tant que secrétaire général du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) en mai 2016. Il précise ses priorités pour 2017.
Lionel Corre

Lionel Corre a succédé à Thomas Revial en tant que secrétaire général du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) en mai 2016. Il précise ses priorités pour 2017.

Lionel Corre, polytechnicien, était précédemment chargé des questions économiques à l'ambassade de France en Israël et fut le conseiller en charge de l'énergie d’Éric Besson lorsque celui-ci était ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Économie numérique. Interview.

Décideurs. Vous avez pris vos fonctions en mai 2016, quelles sont vos ambitions pour votre mandat ?

Lionel Corre. Mon objectif est de maintenir et développer l'excellence de notre action au service des entreprises en difficulté. Il me tient à cœur que nos équipes soient plus que jamais au centre des restructurations de plus de 400 salariés, en étant sollicité le plus en amont possible et le plus systématiquement possible.

Plus en amont : plus le Ciri intervient tôt lorsqu’une société commence à rencontrer des difficultés, plus nous gagnons collectivement en efficacité.

Plus systématiquement : si la notoriété du Ciri auprès du monde de la restructuration d’entreprise n’est pas à faire, les chefs d’entreprise, eux, n’ont pas de raison de connaître le Ciri avant de rencontrer des difficultés. Je compte sur les professionnels du secteur pour proposer et conseiller le plus systématiquement possible la saisine du Ciri, qui intervient à la demande de l’entreprise, dans son unique intérêt et dans un cadre strictement confidentiel.

Enfin, le Ciri est, au sein de l’État, la principale structure qui met en pratique le droit de la restructuration : ma priorité sera aussi de continuer à être force de proposition pour son évolution.

 

Il est également important pour vous de développer la meilleure relation possible avec les administrateurs judiciaires et les commissaires au redressement productif.

Effectivement, nous travaillons fréquemment avec les administrateurs judiciaires et leur rôle est essentiel. Plus nous travaillons en bonne intelligence avec eux, plus nous sommes forts pour négocier des solutions au bénéfice de l’entreprise.

Par ailleurs, je tiens à ce que le Ciri puisse davantage s’appuyer, sur les dossiers de sa compétence, sur les commissaires au redressement productif (CRP). Institution récente, les CRP ont su s’imposer dans le paysage par leur action à l’échelon régionale. Principalement mobilisés sur les dossiers n’atteignant pas les seuils de saisine du Ciri, ils peuvent aussi constituer de précieux appuis à l’action du Ciri sur les dossiers dont nous sommes saisis. C’est ce que nous faisons aujourd’hui, et cela fonctionne très bien.

Aujourd'hui, nous traitons une trentaine de dossiers représentant plus de 80 000 salariés. 

 

Le Ciri intervient auprès des entreprises de plus de 400 salariés pour les aider à surmonter leurs difficultés. Comment ce travail avec les entreprises s’effectue-t-il ?

Le Ciri répond à l'appel des entreprises qui le saisissent. Le Ciri s’appuie sur un Secrétariat général, que je dirige, composé d’une équipe de rapporteurs, responsables de leurs dossiers.

Lorsque nous sommes officiellement saisis par une entreprise, le travail se déroule en trois phases : l’établissement d’un diagnostic de la situation de trésorerie et des perspectives, avec l’appui d’un auditeur indépendant, la construction d’un plan d’affaires réaliste et d’un plan de financement équilibré et enfin la négociation de ce plan de financement avec toutes les parties prenantes. Les rapporteurs du Ciri sont avant tout des négociateurs, nous portons, pour et avec l’entreprise, le plan devant les actionnaires, les créanciers, voire les fournisseurs et les clients. Le plus fréquemment, nous intervenons dans un contexte où l’entreprise a recours à une procédure amiable devant le tribunal de commerce, et nous scellons l’accord de toutes les parties dans un protocole de conciliation.

 

Le nombre de défaillances d'entreprises diminue en France (- 12% au troisième trimestre, selon le cabinet Altares). Comment l’expliquez-vous ? La médiation entre les parties est-elle plus plébiscitée qu’auparavant ?

Conjoncturellement, la situation économique s’améliore. La procédure amiable est plébiscitée et son issue est souvent positive.

S’agissant du Ciri, je dois dire que notre activité en 2016 ne reflète pas cette tendance. Depuis ma prise de fonctions au mois de mai 2016, nous constatons une forte progression des saisines, avec beaucoup de dossiers complexes voire médiatisés. Aujourd'hui, nous traitons une trentaine de dossiers représentant plus de 80 000 salariés. La taille des entreprises concernées va de de 400 à 20 000 salariés. Cela place le curseur au même niveau qu'en 2008. Pour y faire face, nos effectifs ont été rapidement renforcés fin 2016 par le recrutement d’un nouveau rapporteur (passant de 4 à 5) et l’appui d’un Inspecteur des finances. L'année 2017 s’annonce bien chargée pour nous.

Nous pouvons avoir une préoccupation plus grande pour notre industrie et l'emploi.

 

Saisir le Ciri représente-t-il un risque pour l’entreprise d’allonger la durée de la procédure ?

Au contraire. Le Ciri a vocation à faire gagner du temps à l’entreprise. Notre équipe est rompue aux situations difficiles, voire de crise, et aux négociations compliquées. Notre réputation repose largement sur notre professionnalisme et sur notre réactivité.

Il est évident a contrario que si l’on vient nous voir après l’échec d’une première négociation et à quelques jours d’un incident de paiement, nous ne pourrons déroger au fait de prendre en main l’ensemble du dossier : il faut donc bien nous saisir le plus tôt possible.

 

Comment arbitrez-vous entre la meilleure solution économique pour l’entreprise et celle qui sera la plus protectrice en matière d'emploi ?

Par rapport à certains actionnaires ou créanciers, nous pouvons avoir une préoccupation plus grande pour notre industrie et l'emploi. C'est assumé. Dès lors que nous sommes saisis sur un dossier, nous coordonnons l'action de l'État. Pour les plus importantes restructurations, l'État aura de toute façon vocation à s’y intéresser. Travailler avec le Ciri en amont est la meilleure façon de construire un plan acceptable pour toutes les parties prenantes et dans l’intérêt de l'entreprise.

La clé de l’action du Ciri dans les négociations est notre réputation. Qui repose notamment sur le fait que nous n’endossons que des plans de financement réalistes et équilibrés. Nous ne transigeons pas sur ces deux principes : il en va de notre crédibilité et donc de notre efficacité.

 

La Commission européenne a présenté un projet de réforme des règles communautaires en matière d'insolvabilité des entreprises qui vise à accroître les possibilités de restructuration des dettes, permettant in fine d'éviter des faillites et de sauver des emplois. Approuvez-vous cette réforme ?

Nous portons un regard positif sur la démarche de la Commission. En tant que praticiens, nous voyons de réels avantages à tendre vers des règles plus harmonisées entre les pays. Nous savons bien qu'il est complexe voire impossible d’aligner entièrement le droit de la restructuration au niveau européen, les différences culturelles étant bien trop importantes. Mais, le travail de la Commission portant sur les questions de procédures préventives ou le droit au rebond de l'entrepreneur nous semble pertinent. Les négociations s’ouvrent, c’est un beau sujet pour 2017.

 

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurelien)