Loïc Le Meur (Leade.rs) : « C’est avec des idées simples que l’on obtient de grands succès »

Serial entrepreneur et business angel, Loïc Le Meur lance une nouvelle plate-forme numérique baptisée Leade.rs. Une façon de concrétiser ce que le Français installé à San Francisco fait depuis des années : repérer les futures étoiles de la tech et les mettre au contact d’influenceurs.

Serial entrepreneur et business angel, Loïc Le Meur lance une nouvelle plate-forme numérique baptisée Leade.rs. Une façon de concrétiser ce que le Français installé à San Francisco fait depuis des années : repérer les futures étoiles de la tech et les mettre au contact d’influenceurs.

Décideurs. Pourquoi avoir fondé la plate-forme Leade.rs ?

Loïc Le Meur. Je voulais un outil qui me permette de repérer les prochains Mark Zuckerberg. La presse et les conférenciers ont tendance à mettre en valeur des talents déjà établis. Mon travail consiste à repérer les nouvelles pépites porteuses d’innovations qui impactent le monde. Pour cela, je m’aide de curators venus du monde entier, c’est-à-dire de « têtes-chercheuses » à la pointe de leur secteur qui établissent une liste des personnalités incontournables dans leur domaine d’activité. En six mois, nous avons établi un catalogue, sous la forme d’une app, qui rassemble 5 000 personnes issues de l’univers de la tech. Cette plate-forme numérique permet aux organisateurs d’événements de trouver des intervenants d’exception, et à ces derniers de booster leur influence.

 

Qu’attendez-vous de la deuxième édition de votre événement Leade.rs à Paris qui se tient les 11 et 12 avril ?

L’événement double de taille avec mille personnes attendues, et cinquante pays représentés. Une telle concentration de nouveaux talents, venus du monde entier, et particulièrement de la Silicon Valley, est très rare à Paris. Nous allons proposer un contenu de grande qualité et 90 % des intervenants auront moins de 30 ans. Les participants pourront compter sur un excellent networking, chaque entrée à l’événement ayant elle-même fait l’objet d’une sélection.

 

Quelle place occupe justement les réseaux dans l’entrepreneuriat ?

Le réseau est l’outil principal du succès d’un entrepreneur. Your Network is your Net Worth est un livre paru aux États-Unis et dont le titre illustre bien ma pensée. La plate-forme que j’ai créée va dans ce sens. Elle aide les nouveaux leaders à réussir. Le principe est proche de celui d’Uber. On a par exemple travaillé avec un événement organisé par Orange, qui avait besoin d’un speaker en intelligence artificielle. Toutes les personnes inscrites sur notre plate-forme ont reçu une notification de leur part avec toutes les informations utiles. Nous travaillons déjà en collaboration avec 25 événements.

 

Vous avez créé sept start-up et investi dans soixante autres. Quelles sont les clés pour être un entrepreneur à succès ?

Il ne faut pas chercher une idée révolutionnaire mais plutôt observer les disfonctionnements qui existent autour de soi. Uber a remarqué que le système des taxis fonctionnait mal et Airbnb que les voyageurs faisaient face à une pénurie de chambres d’hôtel. C’est avec des idées simples que l’on obtient de grands succès. Un autre facteur de réussite tient à la flexibilité et à la capacité de faire rêver ses interlocuteurs, de l’investisseur au client en passant par la presse. Être capable de transformer sa mission en une histoire est une force pour captiver son public.

 

« Le réseau est l’outil principal du succès d’un entrepreneur »

 

La tech française a connu de beaux jours en 2016. Cette tendance est-elle temporaire ou pouvons-nous rêver d’une future Silicon Valley à la française ?

Chaque fois que je reviens en France, je suis très impressionné par ce que je vois. Station F, l’École 42, Blablacar… sont devenus des références mondiales. La Silicon Valley est un endroit unique dont la France peut s’inspirer. Elle a le mérite de réunir de nombreux acteurs de la tech dans un même endroit. C’est l’exploit que va accomplir Station F, l’incubateur géant de Xavier Niel à Paris. Mais la capitale française a des atouts que la Silicon Valley n’a pas, comme sa diversité. Je rencontre régulièrement des écrivains, des artistes, des chefs. C’est un avantage dont il faut tirer parti.

 

Votre travail consiste à repérer les talents de demain. Quelle est la technologie qui va marquer les prochaines années ?

L’intelligence artificielle est une opportunité qui va réellement changer nos vies, et ce de manière positive. Je suis très confiant. L’aspiration au progrès est exponentielle. L’autre technologie qui va prendre de plus en plus d’importance dans nos sociétés est la réalité augmentée. Bientôt, les claviers et les écrans n’existeront plus. Des lentilles de contact permettront d’avoir accès à beaucoup d’informations. Elon Musk est déjà en train de travailler sur un implant dans le cerveau qui permettra de connecter ses pensées à son ordinateur.

 

Quel est votre coup de cœur du moment ?

J’en ai beaucoup mais une entrepreneuse a particulièrement retenu mon attention. Elle est russe, a moins de 30 ans et s’appelle Eugenia Kuyda. Elle a créé un « bot », baptisé Replika, doté d’une intelligence artificielle. Le principe est le suivant : vous lui envoyez des messages, et au fil des discussions il apprend à devenir vous. Ce dernier sera ainsi capable d’intervenir à votre place et d’échanger avec vos amis sur les réseaux sociaux… et ce, même après votre mort. L’idée lui est d’ailleurs venue lorsque qu’elle a perdu son petit ami, décédé prématurément, avec qui elle peut toujours discuter grâce à ce bot.

 

Propos recueillis par Marion Robert