Nucléaire + EnR = (im)possible équation ?

Souvent mises dos à dos, les énergies renouvelables et nucléaire peinent à se présenter séparément comme les garantes de l'avenir énergétique français. Et en les combinant ?

Souvent mises dos à dos, les énergies renouvelables et nucléaire peinent à se présenter séparément comme les garantes de l'avenir énergétique français. Et en les combinant ?

On croirait le terme « dichotomie » inventé pour eux. Pour les partisans de l'atome, ce dernier est le seul garant de l'indépendance énergétique de la France, alors que l'autre camp dénonce, sur fond de champignon atomique, un danger dont il faut sortir au plus vite, allant jusqu'à railler le symbole d'une gloire française perdue. Nucléaire et renouvelable, le premier a fait ses preuves mais suscite toujours la peur, rappelant, à l'occasion, qu'un demi-siècle d'exploitation et d'études n'ont pas suffi à le maîtriser. Quant aux énergies renouvelables, elles sont censées fournir durablement une énergie sans risque pour les populations et leur environnement, mais pèchent toujours par leur manque de maturité et leurs coûts d'exploitation. Et le plus remarquable reste encore les postures prises à l'égard de ces deux modes de production d'énergie : au dernier étage d'une tour de La Défense ou à l'Assemblée nationale, un petit monde prend fait et cause pour son poulain. Les autres ? Des idéologues, qui nient la réalité pour porter une solution dangereuse… En forçant le trait, voilà le ton général du débat qui oppose les partisans du nucléaire et des EnR (énergies renouvelables).

 

Il est certes très facile de critiquer l'atome en ces temps où la filière nucléaire bleu-blanc-rouge vit l'une des passes les plus compliquées de son d'existence : Areva NP, branche réacteurs de l'ex-fleuron français du nucléaire, a frôlé la faillite, tandis que l'EPR accumule retards et déconvenues. Quant aux cinquante-huit réacteurs existants, ils affichent un âge moyen dépassant les trente ans, forçant EDF à dépenser plus de cinquante milliards d'euros d'ici à 2025 pour refaire une jeunesse à son parc de centrales. Greenpeace juge le chiffre amplement sous-évalué, estimant la facture à plus du double. Risible quand on sait que l'argument roi des défenseurs de l'atome est son bas prix. Faut-il pour autant tirer un trait sur un important jalon de notre histoire moderne, un avantage économique comparatif qui permet à la France de profiter depuis plus d'un demi-siècle d'un approvisionnement énergétique abondant, indépendant et surtout décarboné ? Car, s'il est faisable d'arrêter ses centrales « du jour au lendemain » comme l'a fait l'Allemagne, il faut également fermer les yeux et protéger ses poumons des masses de fumée noire crachées par des centrales à charbon tournant à plein régime dans toute l'Europe centrale. Sans aller jusqu'à attribuer à nos réacteurs un label « COP 21 compatible », l'arrêt des centrales demande sans doute un pragmatisme et une réflexion plus poussée que celle qui a conduit au bras de fer opposant l'État à EDF depuis plusieurs années sur le sort de Fessenheim.

 

Seule alternative verte au nucléaire, les énergies renouvelables sont-elles prêtes à prendre le relais ? De plus en plus matures, de plus en plus variées, et surtout de plus en plus compétitives : leur coût pourrait passer en dessous de celui du nucléaire à l'horizon 2020 selon l'Agence internationale de l'énergie ! Pourtant, leur part dans le mix énergétique tricolore atteint timidement les 17,8 % en 2016... Malgré une consommation énergétique globale appelée à baisser du fait de la tertiarisation de l'économie et des plans de rénovation des bâtiments, difficile d'imaginer dans l'immédiat éoliennes et panneaux solaires fournir de l'électricité à presque soixante-dix millions d'habitants et à une industrie toujours présente. Sans même parler du problème de l'intermittence. D'autant que l'absence de choix politiques forts et un signal-prix de marché très favorable aux énergies fossiles freinent toujours l'éclosion d'une vraie major du renouvelable. C'est pourtant grâce à des monopoles voulus il y a cinquante ans par un vrai État stratège qu'EDF, et les actuels Areva, Engie et Total, anciennement Cogema et Framatome, GDF et Elf, ont pu devenir des fleurons énergétiques. Sur le renouvelable, la place est toujours à prendre. Pour combien de temps encore ?

 

N'en déplaise aux plus radicaux, les grandes volutes blanches émises par les tours de refroidissement des centrales nucléaires françaises continueront à se détacher de l'horizon sur la route de nos vacances pendant encore plusieurs décennies. À la clé, toujours les mêmes débats et oppositions. Sans afficher un bilan écologique et financier parfait, ces vieux réacteurs « liftés » devraient permettre au pays de conserver son indépendance énergétique tout en collant à peu près aux ambitieux objectifs fixés par l'accord de Paris. À la filière renouvelable de rattraper son retard pour endosser le costume du nucléaire, aujourd'hui encore trop large pour elle. Mais pour cela, l'État doit donc reprendre son rôle de stratège des années 1960, celui d'un vrai tailleur sur mesure, et non du « retoucheur énergétique » qu'il est devenu.
 

Boris Beltran

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