Pierre Coural (CNRS) : «Je ne peux pas dire à quelqu’un : à 18 heures, tu arrêtes de chercher »

Pierre Coural œuvre avec conviction et énergie pour améliorer l’attractivité du CNRS aux yeux des chercheurs français comme étrangers. De la négociation budgétaire avec les pouvoirs publics à la mise en place d’espaces de co-working, le programme est vaste…

Pierre Coural œuvre avec conviction et énergie pour améliorer l’attractivité du CNRS aux yeux des chercheurs français comme étrangers. De la négociation budgétaire avec les pouvoirs publics à la mise en place d’espaces de co-working, le programme est vaste…

Décideurs. Quel est le chantier prioritaire des RH en matière salariale, du CNRS ?

 

Pierre Coural. Nous ne sommes pas assez attractifs pour faire venir les meilleurs et fidéliser nos agents. Or il est essentiel que nous le soyons si l’on veut que la France dispose d’une recherche compétitive. Au bout de trois ou quatre ans au sein du CNRS, les chercheurs nous quittent et rejoignent les collectivités locales ou les universités qui offrent une meilleure rémunération. L’une de mes priorités est donc la politique salariale. On recrute encore aujourd’hui des chargés de recherche à moins de 2 000 euros par mois ! À cela s’ajoutait le fait qu’il n’y a pas de politique indemnitaire consistante car les primes ont mauvaise image. Pendant longtemps, les choses n’ont pas avancé... au point que même les syndicats restaient silencieux sur ce sujet et ne portaient pas de revendications salariales !

 

Et aujourd’hui… ?

 

Nous avons accompli des démarches auprès de nos ministères de tutelle. Nous avons obtenu 43 millions d’euros de budget supplémentaire dont 42 seront consacrés à la politique salariale et indemnitaire. C’est une avancée importante. Les syndicats se sont désormais emparés de la question et ils tiennent à l’application de cette politique, y compris dans ses aspects indemnitaires, ce qui est assez rare pour être souligné.

 

Comment fidéliser les talents ?

 

Je pense qu’une bonne recherche est une recherche heureuse. Nous avons lancé un vaste plan relatif à la qualité de vie au travail qui recouvre plusieurs actions. Par exemple, nous allons créer en 2017 un fonds qualité de vie au travail. Les collaborateurs sont invités à proposer des projets d’amélioration de leurs conditions de travail. Nous choisirons entre vingt et trente d’entre eux qui pourront être réalisés, grâce au financement du fonds, comme la création d’un journal interne au sein d’un laboratoire.

 

Le sujet de l’espace de travail est un sujet important ?

 

Oui, bien sûr. Sur les 8 000 contractuels du CNRS, 4 000 sont étrangers. C’est un peu une population de « geeks ». Ils ne se retrouvent pas dans le modèle classique de l’administration française ! Ils évoluent dans la culture des incubateurs, sont hyperconnectés… Il faut s’adapter à leurs attentes. Le télétravail notamment est un sujet très important pour nous. D’autant qu’il peut permettre de répondre au problème des réorganisations des laboratoires. L’utilisation des tiers-lieux serait essentielle pour pallier cette difficulté. D’ailleurs nous attendons un arrêté ministériel permettant cette utilisation. S’il tarde, nous prendrons l’initiative d’une expérimentation.

 

D’après ce que vous décrivez, on peut supposer que le sujet de la déconnexion est important ?

 

Oui, c’est certain, d’autant que la limite entre le domicile et le laboratoire a totalement explosé… Nous avons d’ailleurs édité un guide sur la conciliation vie professionnelle et vie familiale. Je pense que la meilleure réponse n’est pas la norme mais la recommandation. De toute façon, je ne peux pas dire à quelqu’un : à 18 heures, tu arrêtes de chercher ! Je pense que le véritable enjeu est de pouvoir se déconnecter au travail. J’ai récemment lu un excellent article de Jean-Emmanuel Ray à ce sujet. Il y explique que la déconnexion est aussi la capacité de dire, pendant sa journée de travail, « j’ai besoin de m’isoler, de prendre une heure pour moi ».

 

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot 

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