Quand la ville se pare de vert

La nature en ville va-t- elle reprendre ses droits ? Peut-être cosmétique, la végétalisation des espaces urbains est en tout cas en marche et la biodiversité s’affirme comme une tendance durable.

La nature en ville va-t- elle reprendre ses droits ? Peut-être cosmétique, la végétalisation des espaces urbains est en tout cas en marche et la biodiversité s’affirme comme une tendance durable.

Le projet d’appels urbain « Réinventer Paris » en 2016 a mis en évidence un fort penchant à la végétalisation de l’architecture de demain : jardins partagés, surfaces arborées, potagers et autres murs végétalisés font quasiment partie de l’intégralité des vingt-deux projets architecturaux sélectionnés. Si certaines critiques ont taxé de « cosmétique » la préoccupation écologique de ces réalisations, on constate qu’une révolution verte est en marche dans la capitale. La future place de la Nation sera d’ici 2019 un rond-point de verdure, le projet de reconquête de la petite ceinture est sur les rails et les projets de jardinage collaboratif se multiplient.  De manière générale, les villes qui se sont longtemps construites en opposition à la nature doivent par goût et nécessité opérer un virage à 180 degrés.  Dans l’espace urbain, les poumons verts permettent de réduire la pollution en CO2 et de rafraîchir l’atmosphère en luttant contre le phénomène d'îlot de chaleur qui se traduit par des températures élevées. « Seule une reconsidération de la place de la nature en ville peut rendre acceptable les densifications et les suppressions de voitures », va même jusqu’à affirmer Philippe Clergeau, professeur en écologie au Muséum national d'histoire naturelle et pionnier d’une réflexion sur l’installation d’une biodiversité dans la ville depuis les années 1990. Selon lui, la ville ne peut pas se contenter de l’urbanisme actuel si elle souhaite évoluer vers la durabilité.  Si la biodiversité aide à réguler les pollutions atmosphériques et à abaisser le niveau de CO2, les espaces verts ont également un effet reconnu sur la limitation de certaines maladies. Ils sont aussi un lieu de bien-être et favorisent la création de liens sociaux. Pour Catherine Muller, présidente de l'Union nationale des entreprises du paysage (Unep), il est également nécessaire de végétaliser le débat politique. « Aux yeux des élus, la présence des espaces verts dans les villes est anecdotique. Pourtant, il s'agit d'une demande de la part des citoyens qui apporte beaucoup à la collectivité », explique-t-elle.


Plusieurs villes françaises

Une modification structurelle doit également s’opérer selon le chercheur : « La biodiversité est systémique, elle doit être pensée à l’échelle locale comme à l’échelle globale à travers un vrai projet de territoire, en amont de la réflexion urbaine. Il faut introduire une réflexion plurielle qui associe dès le départ des écologues et des paysagistes. », recommande-t-il (RATP Dev Magazine de la RATP juin 2016). Catherine Muller estime d’ailleurs insuffisant le budget moyen des  villes françaises de 46,50 euros par habitant et par an pour les espaces verts. « Ce n'est pas assez, quand on regarde les palmarès internationaux, la France arrive loin derrière. Elle accuse un réel retard vis-à-vis de ses voisins d’Europe du nord. », remarque-t-elle. Paru en mars 2017, l'Observatoire des villes vertes permet néanmoins d’identifier des politiques volontaristes à Angers, Nantes et Strasbourg qui arrivent en tête du palmarès des villes les plus vertes. Avec un budget de 69 euros par habitant et par an, la ville de Nantes est celle qui mise le plus sur ses espaces verts. Les Strasbourgeois disposent de 116 mètres carrés d’espaces verts par habitant, soit 2,5 fois plus que la moyenne française. L’Observatoire des villes vertes relève également que les Français sont six sur dix à estimer que la création de nouveaux espaces verts devrait être la priorité des collectivités. De quoi inspirer…
 

Laetitia Sellam

 

 

 

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