Benoît Hamon : Mister cool

Si certains lui reprochent son manque de crédibilité, Benoît Hamon est bien décidé à incarner la gauche de demain. Son programme résolument solidaire suffira-t-il à rassembler une famille politique 
plus que jamais divisée ? Portrait du candidat du bonheur

Si certains lui reprochent son manque de crédibilité, Benoît Hamon est bien décidé à incarner la gauche de demain. Son programme résolument solidaire suffira-t-il à rassembler une famille politique plus que jamais divisée ? Portrait du candidat du bonheur

Benoît Hamon, c’est un peu le bon copain. À 49 ans, le champion de la primaire de la gauche est calme, poli, courtois voire sympathique. Le PS aurait-il enfin trouvé son candidat « normal » ? Peut-être. Normal, il le serait même un peu trop. Diplômé d’une licence d’histoire, le Breton s’engage en politique à l’occasion d’une mani­festation étudiante puis gravit les échelons du parti, jusqu’à devenir ministre. Pas de quoi susciter l’admiration générale. Tant mieux, car ce n’est pas son intention. « Il est humble et ne cherche pas à jouer les chefaillons, confie l’un de ses porte-parole, le député de Paris Pascal Cherki. Ce qu’il veut, c’est convaincre. » Parti outsider, c’est avec un programme résolument social que le pudique élu de Trappes a su tirer son épingle du jeu en janvier dernier face aux ténors du PS. Revenu universel, légalisation du cannabis, interdiction des perturbateurs endocriniens… Le candidat se pose comme une « alternative de gauche, résolue et optimiste ». « Le problème de la France, ce n’est pas que son cœur se soit arrêté, c’est qu’il ne gouverne plus », peut-on lire sur son site de campagne. Seulement voilà, le président Hamon pourrait-il vraiment, à coups de laïus sur le bonheur, restaurer la confiance des citoyens, apaiser les tensions sociales, redresser la situation économique du pays et faire entendre sa voix face à Donald Trump ou Vladimir Poutine… ? Même à gauche, certains en doutent. Des proches de François Hollande et Manuels Valls ont d’ailleurs d’ores et déjà refusé de mener campagne pour lui. Les Républicains, eux, moquent à la fois son angélisme et son manque d’envergure politique. « Les mesures inscrites dans son programme témoignent de son amateurisme et sa démagogie », vont-ils jusqu’à déclarer dans un communiqué.

 

Un Français comme les autres

 

C’est pourtant grâce à son profil « normal » que le candidat socialiste sort du lot. Lui n’a pas fait l’ENA, n’a aucun parent engagé en politique ni aucune expérience en banque d’affaires… Il est, en somme, un Français presque comme les autres. « Il connaît très bien le monde ouvrier, certifie son père au journal Le Télégramme. Il sait d’où il vient et ne l’a pas oublié. » Dès sa première année en faculté d’histoire, l’étudiant s’engage en politique et s’oppose au projet de loi Devaquet. « J’ai milité contre la sélection à l’université par l’argent », se souvient-il. Il n’en fallait pas plus pour lancer sa carrière : successivement président des jeunes socialistes, délégué national du PS, conseiller de Martine Aubry – alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité – , il contribue dans les années 1990 à la mise en œuvre de plusieurs réformes d’envergure comme les 35 heures ou les emplois jeunes. Il devient ensuite député européen, porte-parole du parti, conseiller régional, puis ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la consommation en 2012. La loi visant à renforcer les droits des consommateurs qui porte son nom est promulguée deux ans plus tard, juste avant qu’il ne soit nommé ministre de l’Éducation nationale. La suite, chacun la connaît : opposé aux positions « droitisantes » de Manuel Valls, il claque la porte du gouvernement à l’été 2014. Depuis, il incarne, avec d’autres frondeurs, l’aile gauche du PS et s’oppose aux lois Macron et El Khomri, à la déchéance de nationalité et au renouvellement de l’état d’urgence.

 

Programme de gauche

 

Humaniste, optimiste, solidaire… Benoît Hamon mise sur un programme résolument de gauche, quitte à passer pour le naïf de la campagne aux yeux de ses adversaires. Peu importe, sa stratégie séduit la majorité de l’électorat socialiste qui l’a choisi pour candidat. Devenu l’ambassadeur du revenu universel,
le député propose d’attribuer à chaque Français une allocation minimum sans condition ni contrepartie. « Il existe un futur réaliste, où le travail n’est pas facteur de souffrance mais d’émancipation », promet-il avec la semaine de 32 heures. Autre proposition emblématique : la légalisation du cannabis. « C’est une mesure que nous plaçons sur le terrain de la responsabilité et non de la liberté, explique Pascal Cherki. Il faut une vraie politique de prévention.» Désireux par ailleurs d’intégrer davantage les Français dans le processus législatif, Benoît Hamon souhaite instaurer un « 49-3 citoyen ». L’objectif ? Mettre en œuvre des outils pour permettre à tout un chacun de participer à l’élaboration de la loi. « C’est une mesure très importante, insiste le député de Paris. Nous pensons que les citoyens ne sont pas immatures. » Plus que jamais engagé sur le terrain écologique, Benoît Hamon préconise également l’interdiction totale des perturbateurs endocriniens dans l’alimentation. Un projet qui séduit à gauche du PS, les Verts ainsi que les radicaux de gauche ayant d’ores et déjà ouvert la voie à un possible ralliement.

 

Chemin de l’unité

 

Une union des gauches à laquelle Jean-Luc Mélenchon ne semble pas près d’adhérer. « Nous voulons un contrat de gouvernement entre toutes les politiques de gauche et nous n’abandonnerons pas le chemin de l’unité », assure le porte-parole de Benoît Hamon. Car il le sait : seule une alliance avec le candidat de la France insoumise – crédité de 12 % d’intentions de vote* – permettrait au PS de franchir le premier tour de l’élection. « La politique ne se fait pas hors du temps. Face à la montée du FN, nous devons nous interroger. Face à une droite forte, la gauche a un devoir de rassemblement, estime-t-il, appelant Jean-Luc Mélenchon à reconsidérer sa position. Imaginons qu’il soit élu, comment fera-t-il pour gouverner ? Avec qui ? Avec quelle majorité ? Ça n’a pas de sens. »

Persuadé qu’il est en mesure de rassembler l’ensemble des forces de gauche autour de son champion, le clan Hamon avance, confiant et optimiste, vers l’élection.

 

Incarner l’espoir

 

« J’y crois dur comme fer », répète d’ailleurs le socialiste lors de ses meetings. S’il sait que la partie n’est pas gagnée d’avance, sa victoire en janvier lui donne plus que jamais envie d’y croire. « Personne ne misait sur nous et pourtant nous avons remporté la primaire. Tout est possible », espère Pascal Cherki. Réfutant la théorie du « déclinisme », « le candidat du bonheur », veut incarner l’espoir . D’où son slogan : « Je vous propose de faire battre à nouveau le cœur de la France ». Un projet dont la faisabilité reste à démontrer sur le plan économique, ce que pointent du doigt ses détracteurs. « Il propose des mesures fantasques qui seront financées par de nouveaux impôts pour les classes moyennes », prévient la droite. Jugé peu crédible par une grande part de l’électorat, Benoît Hamon a encore un mois pour démontrer qu’il a, lui aussi, une stature d’homme d’État. Seuls 15 %* des électeurs en sont pour l’heure convaincus.

 

Capucine Coquand 

@CapucineCoquand

 

*Enquête Cevipof réalisée entre les 7 et 12 février auprès de 15 874 personnes (dans le scénario ou François bayrou n'est pas candidat)
 

 

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