Bilan : François Hollande évite le pire

À l’instar de ses prédécesseurs, le président Hollande aura été incapable d’entreprendre « la » réforme économique d’envergure dont le pays a besoin pour retrouver une croissance durable. Décryptage d’un bilan en demi-teinte.

À l’instar de ses prédécesseurs, le président Hollande aura été incapable d’entreprendre « la » réforme économique d’envergure dont le pays a besoin pour retrouver une croissance durable. Décryptage d’un bilan en demi-teinte.

François Hollande aura-t-il été le plus mauvais président de la Ve République comme le martèlent l’opposition et ceux qui, en 2012, avaient cru voir en lui l’homme du changement ? Seule certitude, sur le plan économique, le socialiste aura bien du mal à sortir la tête haute de l’Élysée. « On a encore perdu cinq ans », regrette l’économiste Marc Touati, fondateur du cabinet de conseil économique et financier indépendant ACDEFI. Dans la continuité de ses prédécesseurs, l’ancien maire de Tulle s’est en effet montré incapable d’engager la réforme de fond dont l’économie française a besoin. « On pourrait résumer son mandat en disant que toutes les erreurs ne viennent pas de lui, mais qu’il n’a rien fait pour rectifier celles du passé », tempère de son côté l’économiste Alain Fabre.

« C’est vrai : il a conduit quelques petites réformettes »

Ce que les experts reprochent au Président Hollande ? De ne pas avoir eu l’étoffe ni le courage politique dont a notamment su faire preuve l’Allemand Gerhard Schröder. Le prédécesseur d’Angela Merkel avait engagé outre-Rhin un virage libéral d’envergure au début des années 2000 : libéralisation du marché du travail, baisse des prestations sociales, réforme des retraites… L’objectif ? Restructurer l’économie du pays en profondeur. « Il a sauvé l’Allemagne », estime Marc Touati. Au prix d’une politique sociale-libérale, qui lui aura néanmoins coûté cher : contraint de couper tout lien avec son aile gauche, le chancelier, candidat à sa propre succession, perd les élections en 2005 et se retire définitivement de la vie publique. Comme s’il était incapable de prendre un tel risque, François Hollande a, quant à lui, préféré ménager sa famille politique et jouer, pendant cinq années, la carte du compromis.

 

Réformes éparses

 

« C’est vrai : il a conduit quelques petites réformettes », admet néanmoins Marc Touati évoquant des mesures éparses qui, à défaut d’avoir sorti le pays du marasme économique dans lequel il se trouve, lui auraient permis d’éviter le pire. C’est notamment le cas du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), l’une des mesures phares du quinquennat Hollande. L’objectif du projet imaginé par Louis Gallois en 2012 est simple : redynamiser les entreprises via quarante milliards d’euros de baisse de charges pour leur permettre d’investir et de créer de l’emploi. Si les effets de la mesure ne se sont pas immédiatement fait ressentir, les entreprises auraient grâce à elle amélioré leurs bénéfices de quatre milliards d’euros entre 2014 et 2016 selon le laboratoire d’idées public France Stratégie. « On voit bien que lorsqu’on allège les charges, on favorise la croissance de l’entreprise, observe Alain Fabre, regrettant néanmoins un mécanisme trop timide pour avoir un impact sur l’économie réelle. Quand on agit par petite dose, les effets positifs se font ressentir à petite dose. » D’autres observateurs se montrent bien plus dubitatifs quant à l’efficacité du dispositif. « Beaucoup de bruit pour pas grand-chose, juge notamment Marc Touati. C’est du paracétamol lorsque le pays a besoin d’une thérapie de choc. »

 

Erreur « déterminante »

 

Mais l’erreur « déterminante » de François Hollande est ailleurs.« Il a amplifié le choc fiscal qu’il a trouvé lors de son arrivée » constate Alain Fabre. Une augmentation des prélèvements (impôts sur le revenu, TVA, cotisations retraites…) décrétée dès 2012, qui aurait condamné le pays à une « croissance molle » de 0,8 % par an en moyenne sur l’ensemble du quinquennat.« C’est très faible », note Marc Touati.Pendant ce temps, l’Allemagne connaissait en 2012 une croissance de 1,2 %. L’Espagne affichait de son côté un taux de 3,2 % sur l’année 2016. « Il faut impérativement baisser les impôts pour tout le monde », affirme Marc Touati.Une nécessité que n’a pas saisie François Hollande lors de son arrivée à l’Élysée

« Quand François Hollande a compris son erreur,il était déjà trop tard. » 

.Depuis 2012, les ménages ont ainsi fait face à des hausses d’impôts de quarante-quatre milliards d’euros.Il aura fallu attendre 2014 pour percevoir des baisses ciblées. « François Hollande a compris son erreur, note Marc Touati. Mais c’était déjà trop tard. » Sur l’ensemble du quinquennat, les entreprises ont de leur côté bénéficié de 20,6 milliards d’euros d’allégement de leurs prélèvements obligatoires. « La situation aurait donc pu s’avérer bien plus grave », estime ainsi Alain Fabre, regrettant que François Hollande se soit principalement concentré sur les questions fiscales, et pas suffisamment sur l’assainissement des dépenses publiques.

 

Pays en faillite

 

« Depuis 2010, la France est un pays en faillite », poursuit l’expert. Et pourtant, lorsqu’il entre à l’Élysée, François Hollande bénéficie d’une conjoncture économique plus favorable que celle de son prédécesseur – le quinquennat Sarkozy ayant été marqué par la crise de 2008.Ce sont d’ailleurs les conditions favorables sur les marchés financiers, et non l’action gouvernementale, qui ont permis une diminution du déficit public de 40 % depuis 2012 selon le rapport annuel de la Cour des comptes publié en février dernier. L’institution indépendante, regrettant que près de la moitié de ses recommandations n’aient pas été appliquées par l’administration Hollande, appelle le futur gouvernement à réduire drastiquement les dépenses publiques. Un effort auquel le Président sortant n’a visiblement pas cru bon de consentir.

« Si une réforme profonde et rigoureuse de l’État n’est pas engagée, on pourrait très vite connaître une situation similaire à celle de la Grèce »

Aide à l’embauche pour les PME, doublement du nombre de chômeurs en formation, revalorisation des bourses… le chef de l’État a multiplié (surtout à la fin du quinquennat), les nouvelles dépenses. Sans compter les « cadeaux », successivement accordés aux jeunes, aux agriculteurs, aux fonctionnaires, sans véritable cohérence. « Si une réforme profonde et rigoureuse de l’État n’est pas engagée et que les taux d’intérêt remontent, on pourrait très vite connaître une situation similaire à celle de la Grèce », alerte Alain Fabre. D’où l’urgence d’adopter la gestion rigoureuse des finances publiques que François Hollande aura été incapable de mettre en place.

 

Manque de courage

 

« Il a fait primer ses propres intérêts politiques sur les intérêts économiques du pays », estime même l’économiste. La preuve : redoutant une explosion de sa famille politique, le socialiste aura, pendant cinq ans, et sans grand succès, tenté de contenter à la fois son aile gauche et son aile droite. « On s’en souviendra comme du quinquennat de la jonglerie », résume Jean Garrigues, spécialiste d’histoire politique. Ce qu’on attend désormais du nouveau Président ? Qu’il modernise entièrement notre système économique – le plus « archaïque » des pays développés selon Marc Touati –, et fasse comprendre aux Français la nécessité d’une telle réforme. « La culture de la puissance de l’État en France est telle qu’on a du mal à envisager que le pays puisse se retrouver dans une situation véritablement dramatique », constate Alain Fabre. Un scénario catastrophe qui ne demande qu’à être déjoué par un projet économique lucide, décorrélé de toute ambition politicienne.

 

Capucine Coquand

@CapucineCoquand

 

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