Christophe Coudert (CRT) : « Le travail en réseau est la clé de notre démarche »

Installé en 2012 auprès du préfet de région, le commissaire au redressement productif (CRP) est au niveau régional le fer de lance pour le maintien des outils industriels et la pérennisation des emplois dans les territoires. Son assise locale, couplée à celle de l’échelon national, le met au premier rang pour assurer ses missions d’anticipation des difficultés des entreprises.
Christophe Coudert, Commissaire au redressement productif région Haut-de-France

Installé en 2012 auprès du préfet de région, le commissaire au redressement productif (CRP) est au niveau régional le fer de lance pour le maintien des outils industriels et la pérennisation des emplois dans les territoires. Son assise locale, couplée à celle de l’échelon national, le met au premier rang pour assurer ses missions d’anticipation des difficultés des entreprises.

Décideurs. Pourriez-vous nous détailler votre rôle d’accompagnement auprès des entreprises en difficulté ?

Christophe Coudert. Notre mission est double. D’une part, anticiper les difficultés que rencontrent les entreprises en mettant en place une veille afin de déceler les difficultés le plus en amont possible. Une action qui passe notamment par la promotion de mécanismes souples comme la conciliation ou le mandat ad hoc. Étonnamment, ces dispositifs de lutte contre les difficultés des entreprises sont encore trop souvent méconnus. C’est pour cette raison que les commissaires au redressement productif réalisent un travail de pédagogie visant à éclairer les directions d’entreprise sur l’opportunité que représentent certains mécanismes.

D’autre part, dans l’hypothèse malheureuse où les premières mesures n’ont pas été prises, ou trop tard, notre rôle est d’accompagner les entreprises. Cet accompagnement peut aller de l’orientation vers les dispositifs existants adaptés au cas de l’entreprise à la détermination d’une solution spécifique.

 

De quelle manière complétez-vous les dispositifs de soutien aux entreprises en difficulté ?

La création en 2012 des commissaires au redressement productif est intervenue dans un contexte où il n’existait pas de réelle coordination entre les différents acteurs locaux de lutte contre les difficultés des entreprises, et notamment ceux de l’État. Le travail en réseau est la clé de notre démarche, de notre réactivité, et pour apporter des réponses adaptées aux difficultés diverses de l’entreprise. Tout au long de l’année, de nombreuses réunions sont organisées avec les acteurs économiques régionaux et nationaux. Ces rencontres nous offrent l’opportunité d’échanger sur nos différentes expériences et de bâtir les plus fortes synergies possibles. L’idée étant d’harmoniser notre action pour en renforcer l’efficacité.

 

Le commissariat au redressement productif a facilité les échanges entre les différents acteurs du tissu local

Comment coordonnez-vous les actions de l’ensemble des services de l’État à l’échelon régional tout en assurant un lien avec les structures nationales ?

Le bilan du commissariat au redressement productif me semble extrêmement positif. Ce dispositif a facilité les échanges entre les différents acteurs du tissu local. Il leur a également permis d’identifier avec une plus grande précision les outils à leur disposition. Ce soutien aux entreprises est réalisé en lien direct avec les structures nationales. Je pense notamment à l’aide aux renégociations de l’échelonnement de la dette, ou l’organisation de tours de table qui facilite l’octroi de délais de paiement ou même de crédits dans le but de relancer l’activité. Je participe aussi, chaque mois, à une réunion sous la présidence du conseiller aux restructurations du cabinet ministériel à laquelle participent les différents services d’administration centrale. Cela permet d’évoquer directement les principaux dossiers en cours.

 

Il existe un lien fort entre nous et le Ciri, tant pour le traitement que pour la mise en œuvre de certaines mesures

Quels sont vos liens avec les équipes du Ciri et en quoi complétez-vous leur action sur le terrain ?

Mes interventions portant sur des structures inférieures à 400 salariés, comme il en existe beaucoup dans notre région, ma mission est complémentaire à celle du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). Celui-ci intervient en effet pour les entreprises de plus de 400 salariés qui le saisissent. Je suis en revanche le correspondant au niveau régional du Ciri pour le traitement de ces cas d’entreprise.

Il existe donc un lien fort entre nos deux institutions, tant pour le traitement que pour la mise en œuvre de certaines mesures. Je suis au cœur du dispositif des Comités départementaux d’examen des problèmes de financement des entreprises (Codefi) lequel peut, sous certaines conditions, mobiliser un audit, voire accorder un prêt à partir du Fonds de développement économique et social.

Mes interventions locales et mon positionnement au plus près des acteurs de l’entreprise me permettent d’être le thermomètre de la situation économique de l’entreprise, en étant par exemple présent dans les réunions syndicales. C’est l’agrégation des informations ainsi collectées qui me permet de transmettre en retour des informations pertinentes et fines au Ciri, même si, je le reconnais, nos relations peuvent encore être améliorées.

 

Pouvez-nous nous donner un exemple d'un dossier que vous avez traité avec succès ? 

Je pense notamment à un dossier concernant une entreprise familiale de métallurgie employant 80 salariés. Les pertes s’accumulaient et il devenait difficile pour celle-ci de faire face à son passif exigible. Le Codefi a, à travers un audit que nous avons commandité, mis en avant le potentiel économique subsistant et ouvert certaines pistes de réflexion quant aux mesures à prendre. Sur cette base, la famille a décidé de faire appel à un manager de transition. De notre côté, nous avons négocié en accord avec le Conseil régional une aide sous la forme d’une avance remboursable. L’agrégation de ces facteurs a fait que l’entreprise se porte aujourd’hui mieux et se permet même de recruter à nouveau.

 

Propos recueillis par Pierre Bouchoux Vedel